
Tu seras un homme mon fils, suivi de "Lettres à mon fils" de Rudyard Kipling
"Tu seras un homme mon fils", l’un des plus, célèbres poèmes de la littérature, est enfin réédité. Ce poème qui magnifie l’enfance et exalte l’autonomie et la droiture est suivi des lettre qu’échangèrent Kipling et son fils John alors que ce dernier était au front en 1915. Il y trouva la mort quelques semaines avant ses dix-huit ans. L’ensemble exprime avec une grande émotion les espoirs, l’inquiétude et finalement l’impuissance d’un père vis-à-vis de son fils.
SI
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans soupir.
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre.
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot.
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.
Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur.
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant.
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu sais conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres la perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils...
Rudyard KIPLING
(30 décembre 1865 à Bombay - 18 janvier 1936 à Londres)
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans soupir.
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre.
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot.
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi.
Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur.
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant.
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu sais conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres la perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils...
Rudyard KIPLING
(30 décembre 1865 à Bombay - 18 janvier 1936 à Londres)
Se...
Se souberes estar sereno quando todos em volta
Estão perdendo a cabeça e te lançam a culpa;
Se estiveres confiante quando de ti duvidam,
Mas se souberes desculpar que duvidem de ti;
Se fores capaz de esperar sem perder a paciência,
E se ninguém calunias;
Se quando te odiarem, não odiares também,
Sem querer ser superior nem parecer bom demais;
Se souberes sonhar e não viver de viver sonhos,
E se souberes pensar, mas sem deixar de agir
E poderes defrontar o Triunfo e o Desastre,
Tratando-os por igual, como impostores que são;
Se suportares ouvir verdades que disseste,
Torcidas por velhacos para converter ingénuos;
Se vires desfeito tudo aquilo para que tens vivido,
E o construíres de novo mesmo com ferramentas já gastas;
Se és capaz de juntar tudo que tiveres ganho,
Para tudo arriscar numa cartada só,
E, se souberes perder e começar de novo
Sem palavras dizer da perda que sofreste,
Se consegues que nervos, braços e coração
Te vão servindo, mesmo que já exaustos,
E se seguires para a frente quando já não tens nada
A não ser a vontade intensa de vencer!
Se com falar ás massas não perderes a virtude
E de privar com Reis não deixares de ser simples;
Se, amigo ou inimigo não poder melindrar-te;
Se a todos deres valor, mas a ninguém demais;
Se souberes preencher cada minuto que passa
Com sessenta segundos utilmente vividos,
É tua a terra inteira e tudo o que ela tem,
E - o que é mais ainda - és um Homem, meu filho.
Rudyard KIPLING